Mali : Parentalisme et affairisme, qu’est devenue l’éducation malienne ?

Que dire de la crise scolaire au Mali, si ce n’est qu’elle est devenue une mœurs dans notre pays. On se rappelle que le régime nationaliste de Modibo Keïta avait fait de l’école une de ses priorités dans le processus de construction, d’édification d’une nation riche, prospère et débarrassée à jamais du diktat du colonialisme français.

Cet objectif, le président Modibo a compris qu’il ne peut le réaliser sans la fondation d’une école nationale, créneau de la formation d’hommes et de femmes ayant pour serment la défense résolue de la dignité et de la grandeur de notre peuple.

La réforme du système éducatif national encore appelée «Réforme de 1962» fut le répondant à cette œuvre d’édification d’un Mali uni et prospère. Ladite réforme avait engagé l’école malienne sur la voie de l’enseignement de masse et de qualité. Les résultats n’ont échappé à personne. Les cadres sortis de cette formation étaient des denrées rares recherchées sur l’échiquier continental africain. Cette volonté de fonder une école nouvelle ne pouvait plaire au colonisateur français.

Il faut dire que la tournée du général De Gaulle en Afrique visant à permettre aux peuples africains de choisir entre l’indépendance immédiate et rester dans la communauté française lui était dictée par les circonstances historiques. Cela, il faut le dire, était bien loin de l’amour De Gaulle pour les peuples d’Afrique. Bien au contraire !

C’est comptant sur le soutien du général De Gaulle que des officiers et sous officiers maliens ont réalisé leur sale coup d’Etat contre le régime nationaliste de Modibo Keïta. C’était un triste mardi du 19 novembre 1968. Le Comité militaire de libération nationale (CMLN) responsable de cette haute trahison de notre peuple s’était donné pour mission de saper les fondements de la nouvelle école malienne.

Comme on le sait, Moussa Traoré avait horreur de travailler avec les intellectuels, notamment avec les enseignants. Ainsi donc, progressivement, le régime Moussa a saboté l’école malienne alors prête à défendre la cause du peuple malien. Ce qu’il faut alors comprendre c’est que l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM) était la bête noire du régime spoliateur de Moussa Traoré. Celui-ci est tombé, le 26 mars 1991.

À peine installé aux affaires, le régime de Alpha Oumar Konaré a entrepris sa méditation contre l’école malienne comme en témoigne la Nouvelle école fondamentale (NEF) de 1994. Dès lors, les observateurs avertis avaient compris qu’Alpha était à la solde de la France coloniale. Cette France poursuivant chez nous sa politique néocoloniale ne peut qu’œuvrer pour la sape de l’école malienne parce que convaincue que pour venir à bout d’une nation ou la soumettre, il faut s’attaquer à son système éducatif. C’est ainsi que la troisième République a brillé et brille toujours par l’entretien à peine voilé des grèves de nos élèves, étudiants et enseignants, sans sanction véritable encore moins la reconnaissance du mérite. Comme effet d’entraînement, l’école malienne s’est enfermée dans le cycle de la violence, des grèves et du vandalisme.

La conséquence est que depuis maintenant des années, les scolaires maliens ne sont pas bien formés. Demandez à un élève de terminale de rédiger une bonne lettre, vous serez désagréablement surpris. Ne parlons pas de l’écrasante majorité de nos étudiants incapables de rédiger leur mémoire de fin d’études. Cela est tout à fait logique au regard des années blanches et colmatées. Juste pour sauver l’année ! Si sauver l’année est une bonne chose, sauver l’école malienne semble plus louable.

En tout état de cause, il convient de retenir que les gouvernements de la troisième République, à quelque exception près, ne se sont pas réellement engagés à fonder une école malienne radicalement nouvelle en vue d’en faire un véritable tremplin dans le combat résolu de notre peuple pour l’honneur et la dignité.

Les enseignants se sont enfermés pour longtemps dans le cycle des grèves interminables au nom du syndicalisme. Ces grèves sont des occasions rêvées pour ne plus donner les cours et donc priver les enfants des pauvres populations de leur droit à l’instruction. Un adage de chez nous affirme qu’‘’à force de creuser sa raison on tombe sur son tort’’.

Les grévistes peuvent-ils changer le fusil d’épaule pendant que la quasi majorité de leurs responsables ont leurs enfants dans les établissements privés où les cours se donnent normalement. Qu’on ne parle pas de la suspension des cours à cause de coronavirus. Les enseignants ne doivent jamais perdre de vue ni oublier un seul instant que c’est avec l’argent du contribuable malien que le même État malien les a formés. Il vaut mieux faire un pas en avant et reculer pour mieux sauter. Telle est notre compréhension des revendications syndicales.
En effet, la crise scolaire n’a que trop duré au Mali, il est temps d’y mettre fin pour que les enfants retrouvent le chemin de l’école et du coup leur droit légitime à l’éducation. Pour ce faire, les gouvernants doivent comprendre qu’on a sauvé déjà assez d’années scolaires et qu’il leur faut maintenant sauver l’école malienne.

Ainsi, ils doivent partager cette conviction d’un sage grec de l’antiquité qui disait: «Les hommes obéissent bien mieux à la nécessité qu’à des paroles, à des châtiments qu’à des représentations. La loi seule a le pouvoir de les contraindre. On prend en aversion les hommes lorsqu’ils contredisent les passions, mais on ne hait point la loi.»« 

Allez voire dans nos établissements le colmatage des heures d’étude par bien d’enseignants. Il y en a même qui ne font jamais 2 heures d’affilé en classes. Parce que leurs protecteurs sont perchés en haut ! Tout sauf voir la moindre sanction tomber ! Pendant ce temps aucune interpellation syndicale ! Dans ces conditions, où va et où peut aller l’école malienne ?
Les enfants ne méritent pas qu’on les prive de leur droit à l’éducation. L’État malien en est le garant et le premier responsable de la léthargie dans laquelle nage notre système éducatif.
Si le gouvernement a le souci de bien faire, il doit récompenser les mérites et sanctionner les fautes, sans parentalisme et sans affairisme ! Il y va du devenir de l’école malienne et donc du Mali tout entier !

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